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Ecole Digitale

L’école et le numérique, par Catherine

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Aujourd’hui j’ai invité une amie, directrice d’école primaire, à nous parler de l’école et du numérique. Très inspirée par cette problématique, Catherine nous présente sa vision de l’impact et des enjeux liés au numérique à l’école. Bonne lecture !

« J’ai commencé à enseigner quand les livres pesaient lourd, que les bibliothèques de classe n’étaient jamais assez grandes, que les classeurs réunissant le « savoir » prenaient trop de place.

J’ai commencé à enseigner quand on laissait, en salle des maîtres, un stylo sur les circulaires arrivées par courrier, pour que chacun les signe.

Quand les élèves suivaient avec un manuel pour deux et que renouveler des séries complètes pouvaient prendre plusieurs années.

Quand, pour préparer un support, nos outils étaient les ciseaux et la colle et qu’on décimait des forêts en une année.

Quand l’info n’était pas immédiate

Quand l’image n’happait pas l’attention.

Quand on avait un dico à la maison.

Quand il ne fallait pas être allergique à la craie .

Alors, on avait mal au dos, on perdait des stylos, on prenait soin des livres, on voulait respecter les auteurs.

On savait qu’apprendre prenait du temps. On était artisans et on se mouchait souvent.

Livres

Les livres à l’école

J’ai commencé à enseigner il y a quinze ans seulement.

Internet est arrivé. Les outils numériques se sont développés. On nous a créé des emails professionnels. Les écoles ont créé leurs sites internet, y ont publié des photos ou des compte-rendus. On pense voir mieux l’iceberg du métier. Mais la révolution de l’écran, chez nous, a mis du temps.

Parce que parfois « c’était mieux avant ». Les anciens du métier ne se le sont pas toujours approprié, alors que les nouveaux angoissent de perdre leur clé USB. Et on n’est pas dotés de PC.

Si l’on me demande ce qu’on y a gagné, d’emblée, je dirais sans aucun doute de la légèreté, de la rapidité, de l’espace, du temps et des économies de papier. Voilà pour le matériel…

Mais notre métier ne se joue pas face à un PC. Nos élèves ne sont pas des souris, mais bien nos sujets d’études et d’expérimentations favoris.

Alphabet

Apprendre l’alphabet

Le numérique, on ne peut pas faire sans, nos élèves sont tombés dedans. Mais ce serait sûrement une erreur de penser qu’Internet peut remplacer l’enseignant.

Il y a quelques jours, je convoquais la mère d’un élève pour lui parler du manque de concentration de son fils en classe et de ses réelles capacités pourtant. Elle m’a répondu : « Ah, mais oui, ça je le sais qu’il a des capacités ! Pendant les vacances, il les fait tous ! Tous les sites « Lutin Bazar » et compagnie ! Et il y arrive, hein ! »

Pour les novices, j’explique : l’avènement d’Internet a eu aussi pour conséquence la multiplication de sites créés par des professeurs mettant en ligne leurs préparations, leurs supports (exercices et évaluations), des liens vers leurs sources. Et nous sommes nombreux à les utiliser. Mais là où le parent d’élève verra en eux une source intarissable de cahiers de vacances accessibles et gratuits, l’enseignant se devra d’y apporter autre chose.

La leçon écrite n’est qu’un texte, une information. Comprendre la leçon se fait en classe. Avant d’inscrire pour l’éternité dans un cahier qu’un nombre peut comporter des unités, des dizaines et des centaines, on l’ aura manipulé, ce nombre.. On aura fait des collections, des équivalences, des échanges.  Sans cela, la leçon ne vaut pas grand-chose.

L’école n’a plus le monopole du savoir, certes, mais elle reste garante de l’attitude face au savoir, à la connaissance. Un élève reste celui qui devra s’approprier la connaissance, la mémoriser, la comprendre puis l’utiliser.

Il en va d’Internet comme des calculatrices. Leur existence ne dispense pas d’utiliser sa tête.

Aujourd’hui, l’information est accessible mais sa qualité est hétérogène. L’enseignant apprendra à y faire du tri, à la critiquer. Les élèves devront continuer à chercher, s’interroger, remettre en cause. Le challenge de l’école est de structurer la pensée. Internet, là-dessus, ne peut pas forcément l’aider. L’élève doit être accompagné. Et patiemment qui plus est. Prendre de l’information est rapide, mais apprendre prend toujours du temps.

Internet permettra de multiplier les façons d’aborder une notion, comme une bibliothèque géante.

Et le numérique ne se résume pas à Internet. Les outils numériques offrent des perspectives intéressantes pour l’enseignement.

Utiliser des tablettes invite à repenser la pédagogie. Elles aident à différencier le travail, à l’individualiser. Elles portent la trace du parcours de réflexion et de recherche de l’élève. Elles permettent d’enregistrer le travail effectué. Elles peuvent introduire au cours d’une journée de classe une séance d’écoute individualisée et favoriser alors la concentration sur un point précis. Elles permettent de confronter rapidement des stratégies.

De plus en plus de classes sont dotées d’un TNI (Tableau Numérique Interactif), en général à la demande de l’enseignant. Il remplace le tableau classique à craie, comme un PC géant pour la classe muni de logiciels adaptés pour l’enseignement. C’est un outil motivant, actuel.

A quand l’équipement de toutes les écoles ?

L’école doit saisir l’opportunité de ne pas se mortifier.

Finalement, les bases du métier d’enseignant sont les mêmes aujourd’hui qu’il y a quinze ans ou cinquante ans. Les outils évoluent et continueront d’évoluer, chacun devra se positionner. Il faudra savoir en tirer le meilleur parti et conserver pour nos élèves la faculté de choisir, réfléchir. Conserver l’envie d’apprendre. »

photos conçues par Freepik

2 Commentaires

  1. Bonjour, très bonne interview.

    Les enfants ne progressent que par la qualité des interactions avec leur professeur et je doute qu’un jour, on puisse remplacer cela son rôle.

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